ANN DEMEULEMEESTER

Un plastron organique fait référence à l'oeuvre de la sculptrice britannique Kate MccGwire. Il sert de point de départ à un vestiaire en noir et blanc, avec une petite touche de vert et de la transparence, beaucoup.
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Un plastron organique fait référence à l'oeuvre de la sculptrice britannique Kate MccGwire. Il sert de point de départ à un vestiaire en noir et blanc, avec une petite touche de vert et de la transparence, beaucoup. Tandis que le Balanescu Quartet performe en live - un entêtant remake de Kraftwerk -, les mannequins portent avec audace les couleurs de cet homme qui aime quand cela grince. Il n'hésite pas à marier le jaune moutarde au parme, des mélanges les plus étranges naît la beauté imparfaite. Du coup, ses roses osent l'overdose : s'imposer en monochrome sur une brassière à porter sur un body imprimé ou sous un chemisier en tulle, se poser en volants venus souligner la ligne longiligne d'une jupe sobre, s'emparer de sandales à plate-forme, se fondre dans la masse ou s'atténuer version poudrée pour mieux souligner une cascade de tulle sous veston de satin brodé. La flamboyance personnifiée. Edie Campbell ouvre la valse, jupe portefeuille fendue devant asymétrique et veste affûtée, avec réminiscences militaires, on reconnaît là son style, mêlé à celui d'Anthony Vaccarello, ça fonctionne à merveille. La suite se permet quelques variations sur le même thème, des parures de guerrière ou de vestale avec de l'or, comme autant d'éclairs de lumière, décliné en Zip, clou, rivet, au bout des derbys, à la pointe des sandales, en boucle de ceinture. Le créateur ose aussi le jeans, le marcel, le jersey et toujours ses robes qui semblent ne tenir sur le corps que grâce à ses découpes. En tout, 41 silhouettes qui définissent un vestiaire jour/nuit faussement androgyne, donc terriblement sexy. Elle a des yeux verts, 20 ans et 1,78 m made in Anvers. Cette saison, on l'a vue défiler pour Dior, Chloé (photo), Diane von Furstenberg, Diesel, Tory Burch, Oscar de la Renta, beau palmarès. Ine Neefs fait définitivement partie du bataillon des filles à suivre. En exergue, un poème d'Emily Brontë (" I'm happiest when most away I can bear my soul from its home of clay... ") Sur le catwalk, des héroïnes de roman, évanescentes, les yeux bandés de tulle, le cou frangé de macramé, vêtues de robes longues plissées et chaussées de brogues en lézard rouge - ne cherchez pas l'erreur. Grosses bécanes, moteurs vrombissants, bande de motards casqués et vestiaire afvandevorstien qui va avec, atout cuir et bandes réfléchissantes compris. Sur du velours. Comme à son habitude mais dans une gamme chromatique qui va du jaune citron au rose girly, du bleu roi au bleu pâle. Atmosphère. Avec succession de détails qui tuent : le collant résille dépassant du pantalon en cuir, les manches du veston retroussées haut, les cheveux punk attitude, les foulards avec ruchés grand genre, tout chez lui est une question de style. Avec une sérénité affichée, Cédric Charlier entre dans l'été et la maturité. Tout ici semble léger - parka poudrée à porter à même la peau, robe fendue haut sur la cuisse en une savante construction, manches oversize ou kimono, superpositions virevoltantes, bijou d'oreille en apesanteur, ceintures obi, spartiates parfaites pour s'ancrer sur la terre. Et s'il a puisé son inspiration dans le travail de Victor Pasmore (1908-1998), artiste et architecte britannique, c'est pour mieux redéfinir les lignes du corps - ce qu'il fait en réalité depuis ses débuts, avec constance. La belle mécanique du dos, chez Haus Coudeyre et Gioia Seghers. Une certaine idée du volume et de l'esprit couture. Chassez le naturel, il revient au galop. Dans les coulisses de Diane von Furstenberg avec le mannequin Karlie Kloss et de Natan avec Edouard Vermeulen. Voici " une jeune intellectuelle qui se construit une allure " sexy " - selon elle ". Avec Véronique Leroy, chaque mot compte, et ce qui est en suspens entre les lignes aussi. Depuis près d'un quart de siècle, la créatrice belge se raconte des histoires pour mieux construire des vêtements habités. Sa demoiselle printemps-été 2016 s'empare avec désinvolture d'une robe manteau à maxi carreaux vichy en raphia de soie, d'une blouse en crêpe lourd à col 70, au bord coupé vif et surpiqué, et d'une robe trois trous en maille crochet à jupe portefeuille qu'elle ceinture d'un cuir drapé vert émeraude, moutarde ou violet. C'est forcément hors normes.PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON