© Benoît Teillet

Elle avait l'habitude de décorer les vitrines d'Hermès, au 24 Faubourg Saint-Honoré, la voilà qui inaugure une exposition gratuite, pour l'élégance du geste, au Grand Palais, à Paris. Dans la galerie du sud-est, ce soir du 8 novembre, Leïla Menchari est bien entourée, à sa gauche, Pierre-Alexis Dumas, à sa droite Axel Dumas, respectivement Directeur artistique et Président d'Hermès. Un lever de rideau sur quelques-uns de ses décors les plus fantasmagoriques, une mini rétrospective en huit tableaux, un hommage à ses fantasmagories, une déclaration d'amour avec léger vertige - " Hermès ne serait pas Hermès sans Leïla ".

Les deux messieurs ont soudain des airs de petits garçons, ils tutoient cette grande dame qui sourit, malicieuse, le chignon jais et bas, la tunique rouille, un carré de soie dans sa main gauche qu'elle lisse et caresse doucement. Elle les a vu grandir, elle qui entra chez Hermès en 1961, presque par hasard. En poche, deux diplômes des Beaux-Arts, de Paris après ceux de Tunis, quelques défilés pour Guy Laroche dont elle est la muse et la nécessité de faire un vrai métier. Elle avait alors 34 ans et son carton à dessins sous le bras ; Annie Beaumel, créatrice des vitrines de la boutique mère, l'invita sur le champ à " dessiner ses rêves " - à quoi tient un destin. Leïla Menchari se souvient de tout, qu'elle se crut éconduite, que " le commerce de luxe lui paraissait suspect " et qu'elle ignorait alors qu'Hermès serait " le plus beau piège " de sa vie.

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En 1978, elle prend la relève, succède à Annie Beaumel et en conteuse née, quatre fois par an, met en scène des paysages enchantés qu'elle offre au regard des passants - deux ou trois minutes de bonheur, l'imaginaire en partage. Et une intime conviction, qu'elle livre sans détour : " La beauté, la qualité... si on s'entoure dans sa vie de ces ingrédients, on est sauvé de l'ordinaire. " Sublimer sa vie, mieux qu'un programme. Michel Tournier l'avait baptisé La Reine Mage, c'est aussi le titre de l'ouvrage que lui consacre Michèle Gazier, le fruit d'un long entretien que l'on devine placé sous le sceau de l'amitié, enrichi par les images de 137 vitrines conçues par Leïla Menchari entre 1978 et 2013.

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Où l'on approche à pas feutré l'essence d'une femme qui répète avec gourmandise que l'extraordinaire est son élément. Et tandis que Pierre-Alexis Dumas ne tait pas son émotion : "Toute ta vie, Leïla, tu t'es épuisée à nous raconter des histoires ", tandis qu'elle joue distraitement avec un étonnant bracelet manchette qu'elle enlève puis tente de glisser à nouveau à son poignet et n'y parvient pas, Alex Dumas a ce joli geste arrêté net, un enfant émerveillé prêt à donner un petit coup de main à une conteuse venue d'ailleurs mais qui se ravise soudain. " Cultiver le mystère. Alors on peut être sauvé, murmure Leïla Menchari. Touché par la grâce. "

Hermès à tire-d'aile - Les mondes de Leïla Menchari, au Grand Palais, galerie sud-est, à Paris. Jusqu'au 3 décembre 2017.

Lire aussi Leïla Menchari, la Reine Mage, par Michèle Gazier, Actes Sud/Hermès.

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