Ultra-trail au féminin : « Les filles, c’est un très gros mental, souvent plus dur à la douleur »

Anne-Lise Rousset

Auteure d’un chrono exceptionnel sur le GR 20, Anne-Lise Rousset a dépoussiéré les records féminins sur l’ultra distance en trail, une discipline largement dominée par les hommes. Mais les coureuses s’activent à combler leur retard et qui sait gagner un jour

Sur le sentier mythique qui traverse la Corse, considéré comme l’un des plus rudes en Europe, Anne-Lise Rousset s’est emparée du record feminin en 35 heures 50 minutes, soit 6 heures de moins que le précédent établi dix ans plus tôt (41 h 22).  Son chrono la laisse à moins de cinq heures des grands maîtres de la discipline, comme François D’haene (31 h 6 en 2016), l’Espagnol Kilian Jornet (32 h 54 en 2009) et Xavier Thévenard (32 h 32 en 2020), tous trois multiples vainqueurs de l’UTMB, course emblématique de l’ultra-trail.

L’écart de performance entre les hommes et les femmes « se réduit un peu sur le trail parce qu’on a du très haut niveau féminin », résume pour l’AFP Adrien Séguret, entraîneur de l’équipe de France de trail – et mari d’Anne-Lise Rousset.

Le trail, c’est courir sur des sentiers, plus ou moins techniques, et dont l’effort est majoré par le dénivelé positif – 100 m de dénivelé positif équivaut à 1 km d’effort en plus; par exemple 5000 m de dénivelé positif sur une distance de 85 km donne 135 km effort. Un trail court, c’est 20-30 km, un très long dépasse largement les 100 km. Et nombreux sont les observateurs à remarquer que les performances féminines montent en flèche sur la longue distance.

« Plus dur à la douleur »

« Plus on augmente la distance, plus l’écart entre hommes et femmes diminue, souligne Séguret. Il y a plusieurs paramètres à cela, au niveau mental et physique. Les filles, c’est un très gros mental, souvent plus dur à la douleur. Et il y a un phénomène physique comme plus de fibres lentes chez les femmes que rapides. La fibre lente est moins fatigable que la rapide, donc sur la distance l’homme va se fatiguer plus ». « Deux, trois études se sont penchées sur la possibilité d’une point de convergence et à quelle distance entre les niveaux masculin et féminin », rappelle-t-il. Jean-Michel Faure Vincent, qui accompagne D’haene depuis douze ans après avoir passé sept ans avec Jornet, a intégré dans son équipe la jeune ultra-traileuse de 19 ans Camille Bruyas. Il remarque que « les filles se démontent beaucoup moins que les garçons » sur les longues courses », à l’image de l’Américaine Courtney Dauwalter, 7e au scratch (hommes et femmes confondus) lors de l’UTMB 2021. « Ce sont des machines, elles ont une approche de la course légèrement différente. Même si elles se +fightent+ (se battent, NDLR) entre elles, elles ont une marge toujours de réserve et au final elles sont top 10. Déjà honnêtement, être top 10 c’est juste monstrueux quand tu as vraiment tous les plus forts comme François et Kilian », décrypte-t-il.

Moins de 10% de participantes

Pour le médecin de l’équipe de France de trail Stéphane Bergzoll qui confirme aussi que « les hommes se mettent dans des états pas possibles pour arriver à des performances que les femmes égalent avec une certaine facilité », le retard de performances s’explique par une démocratisation récente du trail. « C’est un sport de vieux qu’on faisait à 35-40 ans et à cet âge-là, les femmes avaient autre chose à faire. C’est triste à dire mais ce n’est que ça. Si les femmes ont l’opportunité, on va dire sociétale, de plus s’entraîner et d’être plus nombreuses, un jour il y aura des podiums exclusivement féminin au scratch, c’est sûr », défend-il auprès de l’AFP. Selon Bergzoll, les femmes représentent moins de 10% des participants à un ultra. Et ce qui fait défaut, ce sont les femmes qui font du haut-niveau, alors que le nombre de pratiquantes de trail est en pleine croissance.

Anne-Lise Rousset
Anne-Lise Rousset

« Mais on va y venir, comme cette base grossit, ça va pousser les filles à vouloir le haut-niveau », assure Séguret. Alors y aura-t-il un jour une femme victorieuse sur l’UTMB ? « Peut-être que si l’UTMB faisait deux tours, une femme pourrait gagner car dans ce cas-là, ça devient plus mental, donc je pense que ça, ça créerait un peu plus d’égalité entre les genres ».

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