Sans complexes, ni tabous, ni clichés, le sexe s’épanouit dans les médias

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Aurélie Wehrlin Journaliste

Finies les pincettes, le sexe se consomme cru et sous tous les angles dans les médias, généralistes compris. Effet post-MeToo, réseaux sociaux et podcasts démontent injonctions, tabous et clichés sexuels qui demeurent encore puissants.

« Marronnier » estival de la presse magazine, le sexe n’a désormais plus de saison médiatique et a gagné en visibilité. Mais surtout le ton a changé dans le sillage du mouvement planétaire #MeToo qui a libéré la parole sur les violences sexuelles.

Par ricochets, « un autre champ de la sexualité, celui du plaisir et de la jouissance, en opposition à celui de la sexualité contrainte et subie, a émergé juste après », décrypte Nathalie Giraud-Desforges, sexothérapeute à Paris.

« #MeToo a permis de mettre des mots sur le plaisir féminin qui a pendant très longtemps été tabou, notamment en France », ajoute la sexologue pour qui un processus de « female empowerment » (émancipation féminine, ndlr) est en cours.

Une vague que même la presse quotidienne s’autorise désormais à prendre… mais plutôt en ligne et au travers de voix féminines.

Pionnier, le quotidien Libération héberge depuis 2007 le blog sexo-culturel « Les 400 culs » de l’anthropologue Agnès Giard. Présentes depuis 2015 sur LeMonde.fr, les chroniques piquantes de Maïa Mazaurette, devenue « sexperte » grand public, ont aussi alimenté le site du quotidien suisse Le Temps.

En Espagne, le blog « Morsures et talons » (« Mordiscos y tacones« ) de la chroniqueuse Celia Blanco pimente depuis 2016 le quotidien espagnol El Pais. Masturbation féminine, sexe pendant les règles, polyamour, dysfonctionnements érectiles dus au Covid, sexualité des seniors, orgasme prostatique, homosexualité dans le foot: tous les sujets y passent.

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.© Getty Images

Pas de censure en ligne

Mais c’est sur la toile que les discours se renouvellent.

Mon expérience passée dans le X, me permet aussi de lever beaucoup de croyances et complexes issus des films porno

Signe des temps, les chaînes publiques françaises s’y mettent: France Télévisions a adapté sur sa plateforme France.tv slash le blog « Sexy soucis », autorevendiqué « Gougle du cul », tandis que la chaîne publique franco-allemande Arte aborde les injonctions faites aux femmes avec sa nouvelle web-série « Libres », adaptation de l’ouvrage d’Ovidie et Diglee.

Le changement de ton touche aussi la plateforme de jeux en streaming Twitch, populaire chez les ados et jeunes adultes.

Après l’arrêt en 2020 de l’émission très suivie « Radio Sexe », aux accents machistes, place à la pédagogie et à l’écoute avec « Sex Education » animée le lundi soir par la coach et hypnologue Céline Tran.

« J’insiste sur le fait qu’il y a autant de sexualités que d’êtres humains. C’est un parcours intime, il n’y a pas un modèle à suivre (…) Mon expérience passée dans le X, me permet aussi de lever beaucoup de croyances et complexes issus des films porno », explique à l’AFP l’ancienne actrice, qui entend s’adresser à tous, « hommes, femmes, transgenres ».

Formats rois des discours inexplorés, les posts sur les réseaux sociaux et podcasts se multiplient, portés par leur temps d’antenne illimité et une absence totale de censure.

Au Royaume-Uni et aux Etats-Unis, parmi les podcasts à succès: « Inner hoe uprising » animé par quatre vingtenaires noires homosexuelles ou encore « Doing It! With Hannah Witton » dans lequel sa créatrice, qui porte une poche de stomie, aborde positivement le sexe et la maladie.

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Homos moins bien informés

Malgré tout, la sexualité homosexuelle reste peu abordée. Son traitement « est à l’image du reste des thématiques LGBTI, ça s’est amélioré mais on est encore loin du compte, or ça concerne des millions de personnes qui sont plutôt moins bien informées que les autres », pointe Rachel Garrat-Valcarcel, co-présidente de l’association des journalistes lesbiennes gay bi trans et intersexe (AJL).

Et les normes restent puissantes sur les réseaux sociaux, particulièrement sur les chaînes d’influenceuses.

« Ce qui est mis en avant c’est qu’il faut sembler désirable (…): il faut se parer d’atouts séduisants mais il ne faudrait pas être une salope », analyse Patricia Legouge, sociologue et responsable de formation.

« Les femmes sont coincées dans un étau où il faut à la fois être moderne sexuellement c’est-à-dire aimer le sexe, mais l’aimer dans un cadre amoureux et conjugal

Côté masculin, « on demeure dans l’idée de performance et d’initiation » et la norme sexuelle véhiculée est « qu’il faut prouver sa masculinité » et se « décentrer de tout ce qui pourrait sembler gay ».

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