Petit coup de déprime du côté des créateurs ? Malgré la profusion de nuances vitaminées, le ton se durcit sur les podiums de Paris et de Milan. Jusqu'à des visions dérangeantes de la femme. Comme ces mannequins coincés dans un système d'échafaudages chez Viktor & Rolf, l'attirail SM au premier degré de Dsquared2 ou les cauchemars d'Alexander McQueen et sa collection dédiée à une sorcière, avec en prime une vidéo morbide projetée au Zénith... Loin du futurisme et des pastels romantiques de l'été, l'hiver 2007-2008 s'annonce sous haute protection, à grand renfort de cuir armuré, de mailles moelleuses, de volumes accentués, de tailles sanglées et de fourrures de tout poil. Si les références historiques vont des Arts déco à la Libération, en passant par la peinture flamande, les créateurs qui s'en sortent le mieux sont finalement ceux qui contournent le passé. A commencer par le coup de maître de Stefano Pilati, chez Yves Saint Laurent : un parti pris urbain et radical, sur fond de silhouettes monochromes privilégiant la p...

Petit coup de déprime du côté des créateurs ? Malgré la profusion de nuances vitaminées, le ton se durcit sur les podiums de Paris et de Milan. Jusqu'à des visions dérangeantes de la femme. Comme ces mannequins coincés dans un système d'échafaudages chez Viktor & Rolf, l'attirail SM au premier degré de Dsquared2 ou les cauchemars d'Alexander McQueen et sa collection dédiée à une sorcière, avec en prime une vidéo morbide projetée au Zénith... Loin du futurisme et des pastels romantiques de l'été, l'hiver 2007-2008 s'annonce sous haute protection, à grand renfort de cuir armuré, de mailles moelleuses, de volumes accentués, de tailles sanglées et de fourrures de tout poil. Si les références historiques vont des Arts déco à la Libération, en passant par la peinture flamande, les créateurs qui s'en sortent le mieux sont finalement ceux qui contournent le passé. A commencer par le coup de maître de Stefano Pilati, chez Yves Saint Laurent : un parti pris urbain et radical, sur fond de silhouettes monochromes privilégiant la pureté de la ligne. Dopée par de nouveaux venus (Paulo Melim Andersson chez Chloé, notre compatriote Olivier Theyskens chez Nina Ricci, Dai Fujiwara chez Issey Miyake...), la saison hivernale aura pourtant consacré les valeurs sûres, des superpositions énergiques de Marni aux bikeuses pur luxe d'Hermès. Chez Balenciaga, Nicolas Ghesquière continue d'avancer sans nostalgie, dans une fusion postadolescente d'imprimés ultracolorés, de treillis revisités et de vestes de collège anglais, qui esquissent une attitude déterminée et tournée vers demain. Une petite pause poétique, drôle ou carrément provoc sur l'autoroute des défilés ? Cette saison, ils ont été nombreux à rompre avec le cadre de la présentation formelle, quitte à provoquer le malaise, comme Viktor & Rolf, qui faisait défiler des mannequins portant leur échafaudage (un système de projecteur et de son). Avec ses robes lumineuses pour l'hiver, Hussein Chalayan, lui, utilisait la métaphore du climat pour parler du cycle de vie, quand Yohji Yamamoto faisait tourner les siennes comme des toupies. Chez Jean Paul Gaultier, c'était le mannequin canadien Coco Rocha qui menait la danse, ouvrant d'une gigue énergique un défilé aux accents très Scottish. Carré, boule, ampleurs démesurées... Voilà résumé en quelques mots le casse-tête des formes de la saison. Pas de panique. Ce que l'on retient surtout, ce sont les épaules hyperboliques très eighties : tracées à la règle (50 cm sur les robes de la maison Martin Margiela) ou bouffantes comme des montgolfières sur les manteaux Lanvin. A ces ampleurs soufflées sur les hanches (voir les crinolines de Charles Anastase) il faut en ajouter d'autres : un peu boîtes, à l'image des manteaux à dos oversized de Stefano Pilati chez Yves Saint Laurent. Bonne nouvelle, la tendance Technicolor continue pour l'hiver 07-08. Orange acide, bleu roi, rose shocking, les créateurs haussent le ton, avec une palette particulièrement tonique chez Dior. Mention spéciale au violet, version aubergine ou orchidée. Au quotidien, on le tempère par une touche de noir. A moins d'oser le collant de couleur vive qui dépasse du haut de la jupe, comme chez Miu Miu. Pas de doute, il va falloir laisser ses pantalons taille basse au placard. Le tandem Dolce & Gabbana donnait le ton à Milan avec le top brésilien Gisele Bündchen sanglée d'une ceinture-corset métallique, quand certains mannequins adoptaient la cravache comme accessoire. Mais on préfère l'effet masculin-féminin des pantalons ultralarges à taille haute façon Corto Maltese, chez Givenchy, ou les jupes ajustées qui remontent au milieu du buste pour une leçon d'allure et de maintien. A noter, les mains sur la taille en trompe-l'£il chez Comme des garçons... Cheveux crantés façon Veronica Lake, teint diaphane et lèvres flamboyantes... Les femmes fatales sont de retour sur les podiums, dans l'esprit des divas hollywoodiennes et des Parisiennes de l'après-guerre. Chez Gucci, Frida Giannini multiplie les références à la sublime Lee Miller. D'où ces tailleurs à épaules en pointe, ces vestes de fourrure sur de longues robes de soie ou ces petits pulls ceinturés à porter absolument avec un béret. A cette saison tout en constructions géométriques il fallait bien un motif symbolique. Son nom : le carreau, bien sûr. Sa collection la plus emblématique : celle de Jean Paul Gaultier, qui revisite l'écossais sur des robes en velours à imprimé Argyle et des trenchs en tartan un peu punk. A noter, également, les carreaux travaillés en version mini (Chanel), grossie à la loupe (Gucci) ou façon diagonale du fou pour un effet chic et aérodynamique (Veronique Branquinho). Avec " L'Homme à la moto " de Piaf ou " Harley-Davidson " de Brigitte Bardot en bande-son, le défilé Hermès donnait le ton de la tendance cuir. Sous la houlette de Jean Paul Gaultier, la bonne vieille veste zippée inventée en 1928 reprend du service, version croco laqué, et Marc Jacobs le sophistique chez Vuitton avec soufflet dans le dos. Deux options s'imposent : titis et marlous ou fétichistes à renfort de harnachements bondage, de cuissardes et de leggings. Bref, on a le cuir dans la peau... A.-L. Q.