Bruno Maltor, influenceur voyageur: «J’apporte des bonnes ondes»

© BRUNO MALTOR

Il a fait de la casquette sa cravate à lui, et du monde entier son bureau. Depuis dix ans – il fut l’un des pionniers du genre –, Bruno Maltor, blogueur voyageur, transforme sa passion en métier. Sans tabou, il nous confie son parcours, ses valeurs et ses anecdotes de route.

Le sourire aux lèvres, coiffé de sa fidèle casquette, le jeune trentenaire français nous reçoit… par écrans interposés. Derrière lui, il a opté pour un fond visuel représentant le Golden Gate de San Francisco. Sa manière à lui d’afficher la couleur tout en cachant son intérieur pour préserver sa vie privée. Comme quoi, on peut avoir 365 000 followers sur Instagram et 263 000 fans sur YouTube sans se sentir obligé de tout dévoiler.

L’influenceur – qui déteste ce terme et lui préfère celui d’inspirateur – régale sa vaste communauté depuis bientôt dix ans, en partageant généreusement ses photos, ses vidéos et ses récits de voyage. Un métier à plein temps qu’il fut l’un des premiers à exercer. Aujourd’hui, la concurrence est féroce, mais l’homme aime le défi de sans cesse se réinventer, histoire de faire durer le plaisir le plus longtemps possible. Rester dans l’air du temps à l’heure de l’éphémère: voilà qui relève presque de l’exploit.

En bref

Il naît en France le 26 janvier 1991 et grandit à Retournac (Auvergne).

Fin des années 2000, il étudie la communication à l’école Sup’ de Com, puis le marketing à la KEDGE Business School.

En 2012, il écrit les premiers mots de son blog Votre Tour du Monde.

En 2017, il imagine Le Verre du Voyageur, qui réunit des centaines de fans de voyage le temps d’une soirée.

En 2021, il crée la marque de vêtements Périples, destinée aux baroudeurs responsables.

Vous souvenez-vous du moment où le virus du voyage vous a touché?

Oui, je m’en rappelle très bien. Quand j’étais petit, mes parents avaient affiché une énorme carte du monde dans ma chambre, et tous les soirs, je leur demandais de me faire réciter les capitales de tous les pays. Ça m’a contaminé… J’ai alors grandi dans un petit coin perdu de France: le Puy-de-Dôme, en Auvergne. Prendre conscience que le monde qui m’entoure est immense, ça a boosté ma curiosité et mon envie de le découvrir. Quelques années plus tard, je commençais à voyager, notamment dans le cadre de mes études, pour lesquelles j’ai réalisé plusieurs stages à l’étranger…

A quel moment décidez-vous de partager vos aventures sur le Web?

J’ai lancé mon blog en 2012, dans ma petite chambre d’étudiant à Shanghai. Ça m’a très vite plu de raconter mes histoires. En 2014, alors que je travaillais pour TF1, j’ai reçu une offre de CDI. Au même moment, mon blog commençait vraiment à attirer du monde et mes premiers partenariats arrivaient. J’étais donc face à un choix cornélien: m’installer dans une boîte qui me plaisait ou vivre de ma passion. Vous l’avez compris, j’ai choisi la seconde option… et je ne l’ai jamais regretté!

Moorea, Polynésie française
Moorea, Polynésie française © BRUNO MALTOR

Twitter, Instagram, Facebook, YouTube, TikTok: vous êtes aujourd’hui sur tous les fronts. C’est un vrai challenge de s’adapter à chaque nouvelle plateforme qui surgit?

Oui mais justement, c’est hyper excitant. Ça me permet d’expérimenter plein de formats – l’écrit, la photo, la vidéo… – et de toucher un maximum de personnes issus d’univers différents. Et pour parler plus «techniquement», le fait d’être actif sur plusieurs réseaux me permet de ne pas être dépendant d’un seul algorithme qui scellerait mon sort. Ainsi, au total, toutes plates-formes confondues, je rassemble plus d’un million de personnes…

Qu’est-ce que les gens viennent chercher chez vous qu’ils ne trouvent pas ailleurs?

Que répondre sans paraître prétentieux (rires)? Je pense qu’ils apprécient mon authenticité et mon sens de l’humour. J’ai une vraie complicité avec les gens qui me suivent: on a d’ailleurs un running gag à propos de ma passion pour les corgis, ou sur le fait que j’ai toujours une casquette sur la tête. A côté de cela, là où beaucoup de «concurrents» se contentent de poster des jolies photos, j’accorde énormément d’importance aux contenus que je crée. J’essaye qu’ils soient à la fois beaux et hyper qualitatifs, pour que les gens apprennent quelque chose en me suivant. Je pense que j’apporte aussi des bonnes ondes et de la positivité. Et enfin, je mets un point d’honneur à toujours intégrer une dimension humaine à mon travail.

Parcourir le monde en solitaire, alors que le voyage est synonyme de «partager une aventure ensemble», n’est-ce pas un peu paradoxal?

Chaque métier a ses défauts, et contrairement aux apparences, le mien n’y échappe pas. Vu que je bouge sans cesse, c’est quasiment impossible d’avoir une situation amoureuse un peu stable. Pour l’instant, cette solitude n’est pas quelque chose qui me pèse, mais le jour où la question deviendra trop lourde, je me remettrai en question. Cela dit, je suis rarement seul. D’abord parce que je rencontre plein de monde sur la route. Ensuite parce que mon pote Clément m’accompagne dans beaucoup de mes voyages pour m’aider à filmer…

Amsterdam, Pays-Bas
Amsterdam, Pays-Bas © BRUNO MALTOR

Quelle a été votre plus grosse galère de voyage?

J’avoue que, jusqu’ici, je suis très chanceux. Et je suis quelqu’un d’assez prudent. Mais je repense quand même à mon aventure au Canada, quand j’étais dans le Yukon pour aller voir les aurores boréales. C’était en plein hiver, j’étais avec mon guide et nous étions chacun sur des motoneiges. Je le suivais. Dans une montée, ma motoneige s’est retournée sur moi et je me suis éclaté dans la neige. La poudreuse a amorti ma chute, mais mon véhicule pesait vachement lourd et je n’arrivais pas à le redresser. Je me disais «Pas de stress, le guide va forcément venir t’aider». Sauf qu’il n’arrivait pas et que la nuit commençait doucement à tomber. Toujours bloqué, j’ai alors pensé que mon heure était venue et que j’allais me faire dévorer par un ours. Bien sûr, le guide est revenu en me disant qu’il ne m’avait pas vu tomber. J’étais assez fâché mais je lui ai lâché un très hypocrite «Ah mais pas de soucis!»

Paraiso, République dominicainez
Paraiso, République dominicainez © BRUNO MALTOR

Il y a souvent une fascination autour de la rémunération des «influenceurs»…

Oui, il y a beaucoup de gens qui veulent savoir comment je gagne ma vie avec mon blog ou mes activités sur les réseaux sociaux. Mais j’ai toujours été transparent là-dessus. L’idée c’est de multiplier mes sources de revenus: affiliation sur mon blog, création de contenus pour des marques, collaborations rémunérées…

Avez-vous déjà refusé des partenariats?

J’en refuse tous les jours! Je suis très exigeant sur les offres que j’accepte, car elles doivent être en accord avec mes valeurs et les idées que je tente de véhiculer. Par exemple, récemment, une marque de fast-fashion m’a proposé une collaboration. J’ai poliment refusé, surtout que j’ai lancé il y a peu ma marque de vêtements écoresponsables: il faut savoir rester crédible. Le plus important dans ce milieu, c’est d’avoir une vision à long terme. Le jour où les gens ne croient plus en ce que vous représentez, croyez-moi, ils vont voir ailleurs.

En dix ans, vous avez vu du paysage. Quel est l’endroit où vous pourriez poser vos valises pour de bon?

C’est peut-être surprenant, mais je pense qu’on ne réalise pas à quel point on est chanceux dans nos contrées. Dès lors, je crois que je jetterais mon dévolu sur Prague, à la fois pour sa position stratégique au cœur de l’Europe, mais aussi pour son ambiance et sa qualité de vie. J’ai déjà eu la chance d’y vivre et ce fut une expérience très agréable.

Tenerife
Tenerife © BRUNO MALTOR

Vous prenez parfois des vacances?

Oui, je peux voyager rien que pour moi. Mais je m’incline: dans ce cas-là, il m’arrive de partager deux ou trois trucs sur les réseaux sociaux… c’est incurable!

De toutes vos escapades, rapportez-vous des magnets à coller sur votre frigo… ou autre?

J’avoue ne pas être très matérialiste. Donc, non, pas vraiment. Par contre, j’envoie chaque fois une carte postale à mon neveu qui est aussi mon filleul. Bon, il a seulement 3 ans et il ne sait pas encore lire. Mais je me dis que le jour où il saura me déchiffrer, s’il garde tout, ça lui fera un atlas du monde vachement cool!

Copenhague, Danemark
Copenhague, Danemark © BRUNO MALTOR

Sensibilisez-vous parfois votre communauté au problème de ces fameux lieux «instagrammables» pris d’assaut et dévastés par les touristes?

Oui, parce que c’est une quête dont j’ai du mal à saisir le sens et l’intérêt. A côté de cela, bien sûr, on ne peut pas reprocher aux gens de vouloir aller photographier le Taj Mahal, qui est quand même très impressionnant. Mais moi, ces endroits-là, je m’y rends chaque fois pour le lever de soleil, quand il n’y a absolument personne. C’est le pied! Certes, se lever en pleine nuit n’est pas toujours agréable, mais le jeu en vaut clairement la chandelle. J’essaye par ailleurs vraiment de promouvoir un tourisme hors des sentiers battus. Par exemple, récemment, je suis parti réaliser un reportage dans le parc national du Mercantour, dans le sud-est de la France. Je l’ai visité avec un guide qui m’a expliqué les problèmes liés la dégradation des lieux par les touristes, mais aussi les choses à faire pour assurer sa protection. Dans ces cas-là, je suis ravi de pouvoir utiliser mon «influence».

Volcan Acatenango, Guatemala
Volcan Acatenango, Guatemala © BRUNO MALTOR

C’est quoi votre plus grande fierté?

Je pense que c’est le fait d’avoir imaginé le Verre du Voyageur. Depuis 2017, à travers les plus grandes villes de France et de temps en temps en Belgique, je réunis lors d’une soirée plus de 1 000 personnes qui partagent toutes une passion pour le voyage. Une façon de sortir du virtuel pour aller dans le réel et rencontrer ma communauté. On est au-delà des «chiffres» et de l’égocentrisme ambiant. Voir tous ces gens échanger leurs histoires dans un lieu insolite le temps d’une soirée, oui, vraiment, c’est quelque chose dont je suis très fier.

Volcan El Fuego, Guatemala
Volcan El Fuego, Guatemala © BRUNO MALTOR

Quelle est votre prochaine destination?

La France, où je vais tester un mode de transport que je n’ai encore jamais expérimenté: le bateau. Avec une petite embarcation, je vais essayer de relier plusieurs cours d’eau à une vitesse paisible…

Et votre voyage ultime, ce serait…

Ce serait de relier Lagos, au Portugal, à Singapour en Asie du Sud-Est. C’est le plus grand trajet en train possible dans le monde, qui doit faire environ 19 000 kilomètres. Tu passes par la France, la Chine, le Viêt Nam… Ça a l’air incroyable! Bon, comme il faut aussi passer par la Russie, je dois juste encore patienter un peu, mais j’ai le temps.

Volcan Acatenango, Guatemala
Volcan Acatenango, Guatemala © BRUNO MALTOR

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