Il aurait pu postposer le rendez-vous, d'autres à sa place ne se seraient pas gênés, l'excuse était toute trouvée. La veille encore, Gregoris - c'est son seul prénom qui lui sert de signature pro - était à Moscou, dans les coulisses d'une émission de télévision, aux côtés de Carla Bruni, prêt à dégainer ses pinceaux pendant toute la durée du show. Une nuit blanche et un vol attrapé aux aurores plus tard, il est pourtant là, s'excusant même d'être quelques minutes en retard, les heures folles qu'il vient de passer n'ont pas entamé son sourire. La nouvelle de sa nomination comme ambassadeur make-up Shiseido pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient tombe on ne peut mieux, avec la remise à plat de tout le maquillage de la marque. Un véritable big bang - 4 familles pour 22 produits différents déclinés dans 135 nuances - puisqu'il s'agit désormais de s'intéresser d'abord à la matière et à l'effet de la formule - une poudre, un gel, une encre, un glow... - et de choisir, ensuite, d'en faire ce que l'on veut, où l'on veut. On ne pouvait pas rêver plus beau défi pour celui qui défend l'idée d'un make-up décomplexé, au service de la beauté de la femme mais fun avant tout. " Aujourd'hui, c'est bien sûr un outil pour sublimer un visage, assure Gregoris. Mais c'est aussi un accessoire. Une bouche rouge mate, un trait de liner bleu roi, porté avec une petite robe noire ou un chemisier blanc, cela peut être aussi fort qu'un bijou. Finalement, l'objectif, c'est de s'amuser. Rien n'est jamais définitif, le tout, c'est d'essayer ! "
...

Il aurait pu postposer le rendez-vous, d'autres à sa place ne se seraient pas gênés, l'excuse était toute trouvée. La veille encore, Gregoris - c'est son seul prénom qui lui sert de signature pro - était à Moscou, dans les coulisses d'une émission de télévision, aux côtés de Carla Bruni, prêt à dégainer ses pinceaux pendant toute la durée du show. Une nuit blanche et un vol attrapé aux aurores plus tard, il est pourtant là, s'excusant même d'être quelques minutes en retard, les heures folles qu'il vient de passer n'ont pas entamé son sourire. La nouvelle de sa nomination comme ambassadeur make-up Shiseido pour l'Europe, l'Afrique et le Moyen-Orient tombe on ne peut mieux, avec la remise à plat de tout le maquillage de la marque. Un véritable big bang - 4 familles pour 22 produits différents déclinés dans 135 nuances - puisqu'il s'agit désormais de s'intéresser d'abord à la matière et à l'effet de la formule - une poudre, un gel, une encre, un glow... - et de choisir, ensuite, d'en faire ce que l'on veut, où l'on veut. On ne pouvait pas rêver plus beau défi pour celui qui défend l'idée d'un make-up décomplexé, au service de la beauté de la femme mais fun avant tout. " Aujourd'hui, c'est bien sûr un outil pour sublimer un visage, assure Gregoris. Mais c'est aussi un accessoire. Une bouche rouge mate, un trait de liner bleu roi, porté avec une petite robe noire ou un chemisier blanc, cela peut être aussi fort qu'un bijou. Finalement, l'objectif, c'est de s'amuser. Rien n'est jamais définitif, le tout, c'est d'essayer ! " A l'écouter transmettre avec autant de naturel sa passion, on se dit qu'il aurait sans doute fait un très bon prof d'anglais, c'était son plan de carrière, même si son père, pharmacien, l'aurait bien vu reprendre l'officine familiale. Avant qu'une copine de fac ne lui demande de la maquiller pour une soirée, la mise en beauté, il regardait plutôt ça de loin. Il y avait bien ses souvenirs de gosse, réveillés a posteriori, de moments passés à observer sa mère manier l'eye-liner ou le rouge à lèvres. Mais rien de plus. Pris au jeu après cet essai transformé, il suivra un cours, puis deux, qu'il financera en travaillant dans une pâtisserie. Un premier contrat chez M.A.C lui fera découvrir le job au plus près des femmes, de tous âges et de toutes origines ethniques et sociales. Devenu ambassadeur Maybelline pour la Grèce et Chypre, il croise la route de Tom Pecheux, à New York, avant de le rejoindre à Paris deux ans plus tard en tant que premier assistant du célèbre make-up artist. En 2015, il se lance sous son nom. Les collaborations avec des magazines aussi prestigieux que Vogue, L'Officiel Paris, Grazia - et Le Vif Weekend, qui lui donnera carte blanche pour son numéro spécial Fêtes de 2017 -, s'enchaînent. Natalia Vodianova, Carla Bruni, Alexa Chung, Leïla Bekhti et bien d'autres ne jurent bientôt plus que par lui. Un succès qu'il accepte avec modestie et philosophie. " Je suis heureux si mon entourage l'est aussi, conclut-il. L'important, c'est le bien que l'on fait autour de soi. " Chapeau bas." J'ai la chance de maquiller régulièrement des filles super, comme Leïla Bekhti, Laetitia Casta, Alexa Chung, Natalia Vodianova ou Carla Bruni. Mon truc à moi, c'est de faire descendre la pression. Se faire maquiller, ça doit être un moment agréable, un luxe, même quand c'est pour le boulot. Je veux que la personne en face de moi se fasse plaisir, qu'elle ait l'impression de prendre du temps pour elle. C'est une philosophie de travail que m'a transmise Tom Pecheux : même dans le stress, il faut rester zen. Maquiller, c'est mon yoga à moi : ça me détend énormément. Rien que le fait de travailler la texture du produit, de l'appliquer sur la peau. Ça doit être la même sensation pour quelqu'un qui aime jardiner, je pense ; il y a comme une bonne vibration. Avec les années, j'ai développé une certaine proximité avec les personnes que je maquille souvent, même si je pense que c'est important aussi de garder une certaine distance. De toute façon, si cela ne se passe pas bien, il n'y aura pas de seconde fois. Je ne suis pas du genre à avoir la grosse tête, je m'adapte, je respecte les goûts de chacune mais je ne supporte pas les gens malpolis. Je déteste être entouré d'énergie négative car j'absorbe tout. Donc, même si c'est bien payé, même si c'est la princesse de je-ne-sais-quoi, si c'est pénible la première fois, après ce sera non. "" J'ai toujours eu en moi une attirance pour la mode, la beauté, l'équilibre d'une image. A 5 ans, je m'habillais seul et avant de quitter la maison, je me regardais dans le miroir de l'immeuble. Si je voyais quelque chose qui me déplaisait, je remontais dans l'appartement pour tout changer. Inconsciemment j'étais attiré par la couleur, les textures. Je dessinais tout le temps, pas seulement sur du papier d'ailleurs, sur les coussins, les murs, partout. Ma mère me laissait la liberté de le faire. A 15 ans, j'ai commencé à regarder les magazines féminins. Je détaillais les crédits des photographes, des maquilleurs, des coiffeurs, même si je ne pensais pas du tout en faire mon métier, je voulais devenir prof d'anglais ! Ma famille m'a toujours soutenu, surtout lorsqu'ils ont vu que je commençais à en vivre, quand je suis devenu ambassadeur pour Maybelline. A l'école, cela a été autre chose ! En Grèce, le système veut que l'on devienne prof, médecin ou avocat si on a des bonnes notes. On ne soutient pas les gamins qui s'intéressent à l'art. " " Quand j'ai commencé à m'intéresser aux images de mode, c'était les maquillages de Tom Pecheux qui me parlaient le plus. Lorsqu'en 2010, le créateur de mode Peter Dundas m'a proposé de le rencontrer pendant la Fashion Week de New York, c'était un rêve qui se réalisait. J'ai reçu son texto alors que j'étais dans un grand magasin devant un comptoir Estée Lauder ( NDLR : à l'époque, Tom Pecheux était directeur artistique make-up de la marque) en train de tester les produits de sa dernière collection ! C'était un signe. J'ai fait sa connaissance en backstage, j'étais tout timide. Il était charmant. Il m'a dit alors que son équipe était complète. Deux ans plus tard, je venais de signer à Paris avec l'agence Calliste qui représente également Tom. Il cherchait un premier assistant ! Il se souvenait de moi et m'a engagé. J'ai quitté la Grèce pour la France, en deux mois c'était plié. Je suis arrivé le 21 septembre 2012 et le lendemain, j'étais dans les coulisses du show Saint Laurent, avec Tom ! Je suis resté deux ans et demi à ses côtés. Il m'a appris énormément de choses, il m'a présenté les stylistes, les mannequins, les célébrités qu'il connaissait. C'est quelqu'un d'extrêmement généreux. Quand je me suis senti prêt, c'est lui qui m'a dit : " Lance-toi ! " " " Lorsque je suis arrivé il y a six ans, je connaissais deux mots de français : " bonjour " et " comme ci, comme ça " - chose que les Français ne disent jamais. J'ai longtemps vécu dans le centre. Mais là, je vieillis, alors j'ai déménagé dans le xve arrondissement. J'adore Paris, m'y balader pendant des heures, faire des expos, traîner dans les parcs. De là à dire que c'est " ma " ville... Je m'y sens bien mais je réfléchis plutôt en anglais qu'en français. Quand j'entends des histoires de Parisiens qui quittent la capitale pour vivre à la campagne, ça me fait rêver. Je suis tout le temps en quête d'espaces verts ! A 60 ans, je sais que je serai dans la nature quelque part. Ce qui me plaît ici, c'est que c'est central, qu'on peut s'en échapper très vite pour partir aux quatre coins du monde. J'aime beaucoup voyager. Du coup, dès que je découvre une ville sympa, je m'y projette, je me dis que je pourrais vivre là-bas. " " J'ai besoin de déconnecter complètement. Pour ça, je fais des treks. Mon copain a beaucoup voyagé seul de cette manière et il m'a entraîné à sa suite. Mon plus beau souvenir, c'était l'an passé au Népal. Nous sommes montés jusqu'au camp de base de l'Annapurna, à 4 130 mètres d'altitude. Lorsqu'on arrive, c'est magique, c'est le calme absolu, on entend seulement le bruit de la neige qui craque et qui vibre... Fin de l'année dernière, nous avons loué un camping-car et nous sommes partis à l'aventure en Ecosse. Nous avons passé le réveillon du Nouvel An, seuls, en pleine nature, avec un lac à nos pieds, c'était extraordinaire. " " Je n'ai plus trop le temps de dessiner, du coup, je fais de la photo. Instagram me pousse aussi à m'y mettre. En fait, ce que j'aime, c'est tout ce qui entoure la photo : même si je ne maîtrise pas la technique, j'ai l'image dans ma tête, je sais où je veux voir arriver la lumière. J'aimerais bien un jour prendre la direction artistique de certains projets. Avant d'accepter de travailler sur un shooting mode, je pose des questions sur le stylisme, l'envie du photographe, la ligne du magazine, tout est important à mes yeux. Je ne suis pas là juste pour attirer l'attention sur le make-up à tout prix. " " Je l'ai quittée pour vivre mon rêve mais j'y retourne dès que je peux. Je viens d'Agrinio. C'est plutôt calme, ma famille vit toujours là-bas. Quand je leur rends visite, c'est une vraie déconnexion. Je suis très fier d'être grec. Au lycée, j'ai étudié la linguistique, le latin pendant huit ans, le grec ancien bien sûr, l'anglais... Pour moi, la Grèce, c'est l'histoire avec un grand H, la philosophie, les mathématiques, la démocratie... mais aussi la lumière, surtout dans les Cyclades, où elle est unique. Si l'on me montre une photo, même sans me dire où elle a été prise, je peux deviner si c'est en Grèce, rien qu'à la manière dont la lumière tombe sur les gens et les choses. Et puis, là-bas, l'hospitalité n'est pas un vain mot : même par des temps difficiles, on y est toujours accueilli et aidé si on en a besoin. " " C'est un des aspects que j'aime le plus dans mon métier. Surtout quand le détournement d'un produit finit par devenir le premier usage ! En tant que maquilleur professionnel, j'ai une base avec moi et je l'utilise ensuite comme je veux. Les femmes aussi font cela dans la pratique. Qui n'a pas mis un peu de vaseline sur ses pommettes pour créer un effet glow ? Ou du rouge à lèvres sur les joues pour se donner bonne mine ? Ce que l'on recherche, c'est l'effet. Peu importe le moyen. C'est en quoi la nouvelle approche du maquillage par Shiseido est révolutionnaire : on parle pigments, texture, rendu et on en fait ce que l'on veut, comme on veut. Bien sûr, on peut écouter les conseils d'un pro, mais j'insiste toujours sur le fait que le maquillage doit rester fun ! Si c'est raté, on efface et on recommence ! " " Quand j'étais gamin, le mien s'appelait Tobby, j'ai grandi avec lui. J'adore regarder des photos et des films de chats sur les réseaux sociaux, c'est mon péché mignon. Le jour où j'en adopterai un, je sais qu'il sera blanc... et qu'il s'appellera Feta ! "